Je t’avais appelé

Ton nom a été trop prononcé, sur trop de lèvres, dans trop de débats dont je ne fais pas partie.
Notre relation est autre. Notre relation est personnelle.
Dieu.
Et ton nom se dit aussi « aimer ».
Ton nom se dit aussi « je te recueille au creux de mes paupières ».
Car mon prénom à moi se dit aussi « larme ».
Et la larme fragile que je suis ne cesse de couler, ne cesse de s’élancer dans le vide.
Comme une chute.
Il faut du courage pour chuter, pour couler, quand on est larme.
J’ai du courage.
Je suis larme et malgré tout je suis, moi aussi, faite pour aimer.
Parfois, on aime avec les larmes.

Un soir.
Ce soir-là, ce soir d’automne 2007. C’était il y a longtemps mais je m’en souviens si bien encore.
Dieu…
Sans doute as-tu vu ma solitude, mon départ soudain, ma folie naissante. Le début de mon autre vie. Le début de mon ombre. Le jour où a commencé, aussi, notre douloureuse séparation.
Un délire.
Comment l’appeler autrement que par son nom ? Une maladie.
C’était une période dont le souvenir est pour moi très flou.
Et toi, que faisais-tu ? Pourquoi ne pas avoir évité tant de peines ?
Toi qui es tout puissant… je n’ai pas de réponses.
J’imagine simplement l’histoire.
J’imagine ton cœur malade d’amour criant sa tendresse, face à mon cœur sombrant loin de tout dans cette maladie. Tu as ravalé toutes ces larmes qui te montaient dans le regard, et tu as commencé, doucement, à porter avec moi le fardeau qui était à présent mien, et qui me tuait sans doute sous son poids infini et injuste.
Tu es un peu mort toi aussi ce jour-là.

Pour ma part je ne t’ai plus vu, plus senti.
Tu étais absent.
Comme insensible à ma douleur.
Tu te rappelles, Dieu, la lumière rouge de ce soir-là… C’était il y maintenant presque 10 ans.
Dans les buildings au loin les bureaux étaient éteints, les vitres étaient noires. En cet instant tout était mort.
Et tu as vu.
Tu as vu cette folie qui me prenait à la gorge, au corps, tu as vu mon enfermement dans cet hôpital atroce.
Sans doute as-tu, toi aussi, pleuré.
Le vent.
Le vent effacé du soir tombant, et le soleil sombre de mes yeux ouverts sur la nuit. La ville se tintait de rouge et d’ocre, une étrange soirée, comme un radeau encore attaché au port, et qui détachait son amarre. Instant figé où tout s’ouvre sur l’ailleurs. L’inconnu sombre agrippait mes reins, cernait ma silhouette.

La folie.
Et qui mieux que toi pourrait comprendre, toi qui sais tout ? Le soir.
Ce soir-là, où tout a commencé.
Le délire, la maladie, notre séparation dont je ne me remettrai jamais.
Car depuis je refuse de croire. Et comment pourrais-je ?
Mon corps s’est écroulé, dans un soupir. Dans un cri, un appel.
Le dernier.
Les autres, les suivants, ne furent que des larmes. Des cris silencieux qui me prennent au cœur et dont si peu de personnes se doutent…

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