La simplicité du verbe aimer

Kasia… C’était à l’époque où je travaillais auprès de personnes handicapées mentales que je l’avais rencontrée. Une malade d’un autre genre et pourtant, elle est bel et bien extraordinaire, cette femme, aujourd’hui comme avant.
Peut-être est-ce cette simplicité en elle qui parle lorsque, s’arrêtant soudain dans ce qu’elle est en train de faire, elle s’exclame : « regarde ! » et pointe du doigt le moineau sur la branche, que personne n’avait vu.

Kasia est une contemplative qui s’ignore. Elle observe, elle aime. Elle voit chacun et ne juge pas, elle contemple la vie de façon si naturelle et si simple que l’on peut penser que c’est là son don le plus beau et le plus grand. Kasia aime comme elle respire, elle est cette main posée sur l’épaule, ce bras tendu, ce sourire d’amitié.

Kasia est à la fois maternelle et pleine de cette simplicité enfantine. Elle sait réconforter comme elle sait s’émerveiller des choses les plus simples. Elle aime avec cette facilité déconcertante des personnes généreuses, détachées de ce que l’on pourrait penser d’elles, libres par rapport à ce qu’on leur donnerait en retour. Elle donne sans compter, sans calculer, sans même réfléchir aux conséquences.

Kasia sait aimer comme peu de personnes savent le faire. Elle sait reconnaître la personne triste qui a besoin de son sourire, celle qui, joyeuse, a besoin de partager sa joie, elle sait reconnaître celle qui est malade ou fatiguée, celle qui est énervée, celle qui a besoin d’être prise dans ses
bras. Elle sait entendre ce que d’autres n’entendent pas, voir ce que d’autres ne voient pas, aimer ce que d’autres ne savent pas aimer.

Kasia est pleine de cette tendresse pour chacun et pour chaque chose, et dans cet élan naturel vers l’autre, elle reste étonnamment fragile, étonnamment elle-même. Un rien, un simple mot pourrait la briser, si jamais on la rejetait, si jamais on n’accueillait pas ces petites marques d’amitié et d’amour. Pourtant elle se lance à l’eau, sans cesse, sans attendre, sans aucune certitude si ce n’est cet élan simple de son cœur.

Kasia agit à sa mesure sans même savoir qu’une mesure existe, car elle donne tout, sans reprendre, sans garder. Dans toute sa fragilité elle donne, confiante en l’autre plus qu’en elle-même, sans savoir à l’avance si on l’accueillera une fois encore, sans craindre le rejet. Elle avance vers chacun, elle lance des ponts vers les autres, sans cesse, comme s’il s’agissait là de sa façon de respirer, comme si cet amour qu’elle donne était son oxygène-même… comme si sans donner elle ne pouvait plus vivre… Et sans aucun doute Kasia a-t-elle mieux compris que nous ce qu’être en vie veut dire, et sans que l’on ne s’en rende vraiment compte, ces ponts construisent tout autour d’elle de vraies amitiés, de vraies chemins de paix et de guérison, de vrais liens d’amour et de compassion.

Kasia à qui je pense parfois, et qui m’aide par ces souvenirs heureux à avancer dans les tempêtes.
Kasia… Qui pourrait se douter en lisant ces lignes qu’elle est porteuse d’un handicap ?

Et pourtant, je le sais, elle change le monde, elle l’illumine à sa manière, elle reflète quelque-chose de cette lumière que je cherche.

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