Les bas-fonds

Cette histoire est l’histoire d’une avancée lente depuis les profondeurs, vers la lumière que nous cherchons tous. Ces monstres que nous sommes, ces géants sombres aux doigts trop grands, incapables de créer, incapables de dire… ces monstres-là sont ceux qui écrivent et qui couchent leurs mots sur la page.
Me voilà. Me voilà qui m’avance, le dos courbé, les épaules affaissées.

Le poids. Le poids incroyable, insoutenable, de ces limites qui me sont données : ces faiblesses.
Comme des grilles. Une prison que je n’ai pas choisie.
J’avance. J’avance dans ce couloir maigre, les yeux rivés au sol, la démarche pesante. Tu entends ma peine. J’ignore ce que tu en fais : je ne vois que du noir.

Allons. Il faut bien marcher. Il faut bien garder en soi quelque-chose de chaud, de lumineux, et amener au pied de cette fragile lumière tous les rêves qu’un jour nous avions eus.

Ma vie. Et comment y voir encore une façon de croître, d’aller de l’avant, d’apporter au monde une saveur unique ?
Cette chaîne d’acier, cet étau, l’angoisse, oui, cette angoisse qui me bouffe la nuit jusque dans mes rêves, jusque dans mes soupirs… Et ai-je encore quelque-part des racines pour étendre mes branches, pour puiser à une source d’eau claire et refaire mes forces ? Je ne crois ni en Dieu ni en moi. Et en quoi ?
Le vent.
La nature, les oiseaux, le bruit léger des vagues sur la rive.
Ces souvenirs de feuillages et d’eau.
Ah que ces luttes sont cruelles, quand je suis taraudée de désespoir et de découragement, quand me viennent ces envies de ne plus prendre à cœur ma propre vie, de baisser les bras, de ne plus croire encore que je puisse apporter ma pierre au monde, ma pierre à l’édifice…
Et quelle pierre ? Celle d’une malade ? Qui voudrait de mes mots, de mes paroles, du sens que je trouve dans ces instants qui parfois me dépassent ?
Un regard échangé, un sourire peut-être : et l’espoir me remonte au visage, comme une flambée, d’un coup sec, comme ces brindilles qui d’un coup prennent feu. Un feu plein d’espérance et d’amour qui me dévore puis qui se heurte aux limites de ma vie grillagée. Les limites de ces faiblesses qui m’emprisonnent.
Qui voudrait croire, avec moi, en la fécondité de mon avenir brisé ?

Qui offrirait ne serait-ce qu’une piécette pour parier sur moi ? Sur l’amour que je pourrais réussir à offrir ? Sur la façon avec laquelle je pourrais contribuer à la beauté du monde… Et comment persister à rêver, encore, aussi haut et aussi loin…

Je ne suis que ce ramassis de doutes, ce corps plein de larmes et de regrets… Je ne crois pas avoir jamais vécu pour geindre, mais comment hurler au monde ma souffrance, lui qui m’a enfermée dans cette cage trop étroite ? Que dire à la face de ces gens qui vivent comme si de rien, tandis que dans l’ombre certains se meurent de ne pouvoir crier. Hurler une bonne fois pour toute ma désespérance et ma tendresse irrationnelle. Car ma vie n’a rien été d’autre que ce cri d’amour qui ne se fait pas entendre et qui se perd dans la nuit de ceux qui n’ont pas été aimés comme il aurait fallu.

Qui est malade ici ? Moi ou mon histoire ? Existe-t-il dans ma vie quelque-chose de beau, de pur, de préservé en somme ? Ou bien ne suis-je que cet amas incohérent de souffrance, de violence, de ténèbres et de désolation ?

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s