Fuir

Je ne peux pas revenir en arrière. La maladie m’a agrippée, elle a enserré ma cheville. Je suis une proie de choix.
Je veux la vie, pourtant, mais pas celle-ci. Pas celle dont personne ne rêve, pas celle dont personne ne veut. Un espoir en moi persiste et se meurt tour à tour.
Une volonté de fuir et une envie d’aimer se crachent au visage, se griffent, se blessent. Je ne suis que la demeure étrange d’un combat intérieur que je ne comprends pas, qui me dépasse et qui est pourtant profondément lié à moi, une lutte acharnée dans ma tête, dans mon cœur, et dans tous ces coups que je ramasse je sais, quelque part, que je ne mérite pas cette violence et cette haine.

Parfois les battements que l’on sent en nous sont ceux, voraces, de l’absolu qui nous interpelle.
Tout cela me fait songer à un ailleurs, un autre monde…
Dieu… J’ai tant souhaité te voir encore que tu as dû quelque-part entendre.
Tu t’es montré.
Tu as parlé à mon cœur.
La grâce des moments que tu imposes.

L’amertume qui m’habite m’esseule, Dieu, et tu parles à mon âme comme une musique aimée enfin redécouverte. Tu m’émeus comme un poème que j’aurais un jour aimé puis jeté, retrouvé cent ans plus tard entre deux absences.
Tu réveilles en moi un être que je fus, une enfant confiante, pleine d’espoir et de rêves, de projets, de sourires.
Et comment accepter de croire ? Impossible.
Non.
Ne viens pas, laisse-moi fuir, laisse-moi m’enfermer.
Ma profondeur est mon trésor.
J’aime aimer le moment qui passe, qui s’échappe perpétuellement.
Prier.

Une bougie que j’ai allumée…
Les fleurs ne feront pas long feu mais ce sont des vraies.
Elles fredonnent des paroles d’amour à mon cœur desséché. Je les écoute. J’aurais aimé que tu saches que moi aussi j’étais là, au rendez-vous de l’espérance.
Quelque-chose frémit.
Cette lumière intérieure est chaude, elle guérit. Elle comble mes manques, soulage mes angoisses, purifie mes incertitudes et vient jouer entre les cordes de mon passé tortueux. Une musique s’élève, douce, subtile, claire. Un son qui guérit et refait mon âme.
Bientôt, j’espère, j’accepterai cette lumière qui m’attire tant que je ne peux trouver la paix du coeur loin d’elle. Je sens en moi mes blessures qui s’estompent, mon passé qui s’éclaircit. Cet endroit est chaud comme un nid, comme un cocon qui me transforme.
J’ai vécu. J’ai vécu et je n’ai pas compris. Je n’ai pas vu. J’ai voulu attraper l’aurore mais n’ai rien pris. Mes mains sont vides des bonheurs que j’ai cru tenir au creux de mes doigts.
Où était donc le sens ? Où était la lumière ?
Je devrais vivre pour ce désir profond en moi de rechercher la vérité de choses, ce désir qui m’habite de trouver enfin le sens de ma présence sur terre, le but de ma vie, ce pourquoi je suis là, et ce que je peux apporter au monde.
J’ai toujours été une grande enfant. Une machine à espoir. Une joie profonde m’habite encore.
Je suis toujours la même, toujours cette fille rêveuse.
Dans cette prière, tu contemples avec moi cette histoire sombre qui est la mienne. Tu m’accompagnes dans ma misère. Tu pleures quelque-chose toi aussi.
Peut-être existe-il une explication à cette manière que tu as de me comprendre. Ton secret est sans-doute douloureux et précieux comme ta façon d’aimer, une façon de te donner généreusement, si totale que l’on peut à peine comprendre. Un secret qui m’abreuve, qui me désaltère.
Une soif que j’ai et dont la prière me délivre.

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