Les tailleurs de pierre

Parfois, les fatigues nous envahissent. C’est tout à coup plus difficile de lutter. Chaque jour, en se levant, il faut trouver la force.
Elle ne vient pas toujours naturellement, il faut parfois la déterrer, la tirer du sol par la force de nos bras, l’obliger à lutter un jour encore.
Pour nous et avec nous, pour la vie.
Dans ces moments on est facilement envahit de découragement ou d’impuissance. On ne peut rien. Rien ne changera.
Et ces ravins où parfois je tombe sont bien profonds…
Je les remonte avec la patience des tailleurs de pierre.
La patience de ceux qui œuvrent sans voir le produit fini. Les cathédrales ne se font pas en un jour.
On peut sans doute dire que je construis, moi aussi, une cathédrale.
Je taille des pierres à n’en plus finir, je me tue à la tâche.
Je monte des murs.
Sans doute n’en verrai-je jamais la fin.
Avec espoir il faut se dire que toute pierre est utile et que c’est de la sueur des tailleurs de pierre que naissent les plus beaux édifices.
Et si je choisissais, je choisirais ma vie, sans hésitations.
Car je préfère la lutte, même invisible, plutôt que l’aveuglement.
Et si la lutte est cachée, c’est peut-être car trop de gens encore vivent aveugles.
Aveugles face à la vie, face à l’essence des choses.
Aveugles face à la beauté du monde, présente en chacun.
Aveugles face à la faiblesse et au combat.
Et pourtant, beaucoup savent que les parties les plus belles sont celles où l’on nous donne du fil à retordre. Que ce soit aux échecs, au tennis ou au tarot, personne n’aime particulièrement les parties trop faciles. Les fois où l’on frôle l’échec face à un adversaire redoutable sont les plus belles victoires. Car on a lutté jusqu’au bout. Car on a su prendre le piquant du jeu pour rassembler nos forces, et vaincre.
Ce n’est pas la facilité qui rend belle la vie, c’est notre façon de la voir et de la comprendre.
Pour cela, toute vie peut être infiniment heureuse, même celle des malades, même celle des handicapés, même celle des pauvres, des clochards, des mal-lotis.
Ce ne sera bien sûr pas facile mais ce sera possible.
Il faudra en toute chose garder espoir.
Il faudra accepter.

Il faudra accueillir.
Surtout : il faudra admirer.
C’est par le regard que l’on pose sur les choses que prend racine notre bonheur.
S’émerveiller du vent.
S’émerveiller de l’autre.

Je n’accepte pas la misère de l’homme, sa solitude, sa détresse. Je ne le veux pas, je refuse une telle souffrance.
Pourtant, je ne fais rien pour changer la donne. Ma vie, en elle-même, m’apporte déjà son lot de combats, je ne peux pas en mener d’autres.
Et cette énergie aurait si bien œuvré pour le monde… Cette énergie que me prend mon propre combat.
Ce combat qui sera sans doute ma seule bataille et sans doute aussi ma seule victoire.
Je ne déplacerai pas, quoi qu’il en soit, une seule poussière parmi les poussières d’atrocité du monde : je ne peux pas grand-chose, mes limites sont grandes. Je ne changerai rien aux nuits couvrant la terre. Ce n’est pas faute de désirer agir, ce n’est pas faute d’empathie. Je sais à quel point on peut souffrir et à quel point la vie peut être rude. Je sais, aussi, que je ne peux presque rien de mes propres forces.

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