La vie

La beauté de ces feuilles frémissant sous la brise, au-dessus de mes yeux.
Le regain des bruits d’eau et de voix.
Le soleil.
Je suis allongée, sur le dos, sous cet arbre.
La lumière qui joue avec les branches.
Le ciel.
Cette éternité qui parle par bribes.
Le jour.
Ce jour qui illumine la plage de galets, le long de cette rivière.
Des familles, des enfants, des couples.
La falaise.
Haute, plongeante, majestueuse.
La douceur du vent.
Quelques kayaks.
Du bruit.
J’aime cette simplicité.

J’aime cette terre.

Cette terre sur laquelle je peux marcher.
Ce sol solide.
Ce chemin sous mes pas qui me lie à cette nature vigoureuse.

Comme j’aime la vie…
Comme j’aime la vie !
Cette faim qui me transperce…
D’où vient-elle ?
Qui donc me donne d’être affamée de vie, affamée de joie ?
Affamée de vérité
Affamée de donner, aussi.
Or, par ma vie, je donne si peu…
Cette faim ! Cette faim qui me tord parfois le ventre : comment donner ?
Affamée, oui, affamée je le suis.
Regarde-moi !
Je suis assise près de ce ruisseau, dans cette nature verdoyante, belle, somptueuse.

Je t’écris, Dieu, ces mots.
Comme une amitié avec toi que je souhaite reconstruire.
Comme une forme de prière.
Fortifie-moi.
Que mes pas soient sûrs.
Que mes foulées soient solides.
Que j’avance sur ce chemin où je pourrai créer quelque-chose de beau, de bon, d’utile.
Être un arbre généreux.

Même si je pousse, il est vrai, en plein désert.

Moi, incapable jusqu’alors de te faire de nouveau confiance, je te cherche, inconsciente du poids de mon avancée lente vers cette rencontre inespérée, celle qui changera sûrement la donne, mais vers quel chemin ? Car c’est moi qui possède la boussole.

Les ténèbres, Dieu, si profondes et si noires, tous ces cris que je porte, en moi, comme autant de chaînes qui explosent dans mon cœur, qui traînent quelque part dans mes os… tu sais tout ça.

Tu connais ma peine.

Je ne peux que fuir, tu sais que mes blessures sont là, présentes, insolubles. J’en tremble.
La peur me gagne.
Un combat, en moi, fait rage. Et je commence à comprendre, Dieu, que cette fois c’est contre toi que je lutte.

Mon cœur frémit mais se bat encore. Dieu, je te lance ces coups, cette méfiance.
Je tremble. Je refuse de t’aimer, je refuse de rentrer dans les églises.
Mon cœur frémit, quoi que j’y fasse, quoi que j’en dise, il est touché mais se bat encore. Il refuse.

Promets-moi le jour, Dieu, que je vive.

Je sens en moi cette lutte. La peur me jette au fond du trou, me malmène.
Elle est féroce, hargneuse comme un loup en péril.
L’instant est palpable, silencieux, lourd, et je me demande si je ferai demi-tour, si je refuserai cette lumière qui me tend les bras, cet amour que je réclame à grands cris depuis toujours, et qui passe aussi par ce combat, qui passe par cet instant décisif, cet instant du cœur qui ne sait s’il doit cracher sa douleur ou regarder la patience qu’il contient encore, et moi, je ne sais pas non plus quel sera mon choix.

Te suivre ou te tourner le dos, encore.

Et dans les balbutiements de mon âme je me sens si faible et démunie que je n’ose agir, que je n’ose choisir, et je reste là, debout, entre deux mondes, entre deux routes, ignorant tout de la prochaine seconde et des consolations ou des souffrances qu’elle porte.

Mais quoi qu’il en soit je vivrai.
Je vivrai cette lutte contre ma maladie.
Contre la peur.

Car la maladie est un combat.
Car la vie est une chance.

Et que l’un et l’autre ne sont pas incompatibles.

Je vivrai ma chance.
Je vivrai mon combat.

Et je bénirai la terre de m’avoir portée.

 

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