Les limites

La maladie permet d’explorer un peu la fragilité humaine.

Elle place des limites.
Autour de moi : des remparts. Une cité s’élève.
La mienne.
Il serait fou de vouloir construire des maisons en dehors de ces murs.
Mes limites sont miennes.
Ce sont les remparts de ma cité.
Ce sont les murs de ma citadelle.
A l’intérieur : ma ville.
Petite, certes, mais cette fragilité me pousse à approfondir ce qu’il me reste. Le quotidien, les petites choses, le pardon, la patience, l’espérance.
Et puisse ce combat qui est mien être utile à d’autres.

Ma vie.
Mon unique.
Ma belle, ma précieuse.
Je choisirai la beauté.
Pour que tes murs soient beaux.
Pour que tes ruelles soient douces.
Des murs aux pierres savamment taillées, savamment posées, élevées avec amour.
Sans doute que ces pierres-là auraient pu servir à construire une cité plus grande, peut-être une capitale, une ville vigoureuse.

Mais il n’en fut pas ainsi.

Le marteau fut brisé et le manche en est resté fragile.
Le tailleur de pierre ne pouvait pas, quoi qu’il fasse, construire très vite.

Moi.

J’ai donc appris l’humilité, j’ai appris à dire : je ne ferai pas la citadelle dont je rêvais enfant.
J’ai appris à voir mon petit village avec des yeux neufs. Les miens. Ceux que je me suis forgés afin de voir enfin la beauté de ma propre cité.

Un nouveau regard.
Et qu’importe, sans doute, si depuis les autres ports, dans d’autres villes, mon village semble insignifiant.

Dommage.

Car leurs rues ne sont peut-être pas aussi douces que mes ruelles.
Car leurs maisons ne sont pas si fraiches en été, quand le soleil devient dur.
Leurs puits ne sont pas des puits, ce sont des fleuves. Ils ne connaissent pas le son de la poulie qui lentement fait s’avancer l’eau fraiche. Ils ne se retrouvent pas autour du lavoir ni ne mangent sous les arbres au printemps.
Leurs villes sont belles, certes, mais d’une autre beauté.
Et la patience infinie que j’aurais eue n’aura pas fait jaillir de terre une cité moins belle.

Mes limites sont mes remparts. Je suis dans ma ville, ma petite ville, mon village sur la colline.
Ce ne sont pas les remparts qui détruisent la ville. Ils la protègent.
Ainsi, mes limites ne me détruisent pas. Je peux, au milieu de ma cité, construire de belles choses, œuvrer pour la paix et pour la beauté, planter des arbres aux feuillages doux et aux racines profondes.

Ils pousseront.

Ils s’épanouiront dans ma terre, dans mon village.
On se réunira sous leurs branches, la vie sera douce.
Les grandes villes, sans doute, peuvent mieux agir pour le monde. Leur force indiscutable leur permet de choisir d’avoir un impact plus grand sur les injustices liant les peuples.

Je ne pourrai pas, depuis mes remparts, apporter quoi que ce soit à d’autres pays, empêcher des rivalités, apaiser la terre.

Mais entre les murs de ma ville je pourrai laisser croitre des arbres pleins de tendresse. Je pourrai laisser leur ombre bienfaisante empêcher le soleil trop dur de brûler le sol.

Leurs racines retiendront l’eau et l’humus. Des sources commenceront à couler au sein des remparts de ma ville.

Les habitants sauront qu’ils habitent là dans un havre de paix. Et moi, je saurai que ma ville est belle.

Ma vie.
Mon unique.

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