Lettre 7 – La fée

Petite fée,

On y était ensemble à l’art thérapie, petite fée. Tu devais avoir environ 15 ou 16 ans. Pas plus. Un visage d’enfant, dans ce pyjama d’hôpital vert.

Tu déambulais avec ce sourire paisible, presque naïf, douce comme une colombe ou comme un jeune faon. Tout le monde te trouvait candide, et c’est vrai que tu avais en toi, peut-être dû aux médicaments, cette simplicité et cette curiosité enfantine. Des yeux grands ouverts, bruns, des cheveux noirs attachés en chignon, une peau métisse, une silhouette frêle.

Nous y allions ensemble, aux ateliers de peinture, de théâtre, de terre. Et toujours égale à toi-même, tu arrivais comme depuis un autre monde, tu posais ton regard sur les personnes autour de toi, comme si tu venais d’atterrir depuis je ne sais quel autre firmament. La fée, peut-être, d’un univers n’appartenant qu’à toi-même.

J’appréciais de te voir à ces ateliers, cette joie simple sur ton visage, cette candeur. Tu donnais à cette période difficile de ma vie quelque-chose de joyeux, de pur. Tu prouvais par ta présence que l’on pouvait être malade et pourtant garder cette fierté et cette joie intérieure.

Tu marchais comme une reine, droite, la tête haute, un léger sourire aux lèvres. Peut-être que dans ton monde imaginaire tu étais la reine, effectivement, de ce monde absurde qu’était l’hôpital. Les infirmières, elles aussi, appréciaient ta présence. Elles te faisaient des compliments de temps en temps, ou tes disaient des paroles apaisantes.

Mais c’était toi, petite fée, qui apaisait en réalité l’atmosphère. De ta présence irradiait quelque-chose de neuf, d’extrêmement frais et pur. Comme le ruisseau léger d’une montagne de neige ou d’herbe verte. Quelque-chose de cristallin. Et c’était toi, certainement, qui apaisait le personnel soignant. Par cette douceur dans tes phrases, par cette simplicité et cette candeur dans tes sourires. Elles oubliaient pour un instant les maladies, les souffrances, les pleurs qu’elles croisaient chaque jour, ces infirmières, elles oubliaient la difficulté du quotidien.

Parfois je te croise encore, petite fée, dans le métro. C’était il y a longtemps, cette époque, cet hôpital, mais tu as peu changé. Tu as toujours cette même grâce, cette même légèreté intérieure. Je te vois de loin, assise au milieu de ces autres personnes. Bien sûr, je n’ose t’adresser la parole, te parler de ce temps que l’on préfère ne pas évoquer tant il a été rude.

Et te souviens-tu seulement ? C’était comme dans un autre univers. Sans doute habites-tu non loin de chez moi, quelque-part dans mon quartier, ou dans le quartier voisin. Sans doute ta vie a-t-elle repris son cours, sans doute es-tu heureuse, épanouie, du moins je te le souhaite.

Merci, petite fée. Merci pour ta façon de combattre avec légèreté, ta façon de ne pas regarder l’ombre mais de regarder la lumière.

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