Lettre 18 – Les souffrants peuvent aimer

Je suis malade. Pourtant je reste pleinement vivante. Pourquoi donc me donner uniquement la place de celle qu’il faut aider ?

Bien sûr, il est évident qu’il faut aider les plus fragiles dont je fais partie… Mais si vraiment vous voulez être justes, si vraiment vous voulez aimer, alors ne vous contentez pas de me tendre la main quand j’en ai besoin.

Car les plus fragiles ont leur mot à dire, leur place à prendre. Nous, les malades, les souffrants, nous sommes avant tout des êtres humains, et par là nous avons soif d’être pleinement nous-mêmes. Peut-on être pleinement soi-même si l’on nous considère avant tout comme le moyen d’une générosité qui se regarde parfois elle-même ?

J’ai envie de dire : ouvrez vos cœurs.

Ne vous contentez pas d’aider, aimez. Et aimez de façon juste : redonnez-moi la place que je mérite dans la société, non pas avant tout la place de celle qui a besoin de vous, mais avant tout comme celle qui, comme vous, a quelque-chose à donner.

Pourquoi parler d’aide envers les fragiles ? Ne peut-on pas parler de réciprocité ? Les personnes les plus fragiles n’ont-elles réellement rien à donner ?

Je suis fragile. Je suis malade. Je suis handicapée. Et j’ai moi aussi quelque-chose d’inouï à donner.

Nous, malades, nous portons bien sûr en nous-mêmes le désir d’aller mieux, d’aller bien… Mais à ce que j’ai pu voir et comprendre, et aussi par ma propre expérience de vie, notre plus grand désir n’est pas celui de la guérison.

Notre plus grand désir est celui d’un monde où maladie ne serait pas synonyme d’exclusion ou de solitude… un monde où le malade comme le bien-portant aurait sa place dans la société, un monde où chacun pourrait donner à autrui de façon authentique, non uniquement le bien-portant, mais aussi le malade.

Je suis fragile, c’est vrai, mais ne m’enlevez pas mon humanité.

Ne me regardez plus uniquement comme celle à qui l’on donne, mais avant tout comme celle qui tout comme vous peut donner.

Alors vous vous rendrez compte de la réelle beauté de toute vie, même la mienne, touchée par la maladie.

Car ma vie est belle. Ma vie est riche. Ma vie est unique.

Ma vie mérite de pouvoir donner.

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